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Tradivostok

Les temples bouddhistes comme sites du tourisme religieux en Russie.

Le Datsan de Sartoul-Guèguètouïskiï, dans la République de Bouriatie.

Le Datsan de Sartoul-Guèguètouïskiï, dans la République de Bouriatie.

Introduction

 

Pour cette traduction, j'ai décidé d'aborder un thème que je ne connaissais que de loin, mais qui depuis longtemps attisait ma curiosité.

En Occident on n'en a pas souvent conscience, mais la Russie est un pays ethniquement très riche, à mon avis l'un des plus riches même. A cheval entre deux continents, ce territoire est habité par des peuples très divers. En fait, la Fédération de Russie est constituée de 85 sujets, qui se divisent en plusieurs types, par ordre d'autonomie il y a: 22 Républiques, 9 Kraïs, 1 Oblast autonome, 4 Districts autonomes. 46 Oblasts et 3 villes fédérales. Ce découpage a en grande partie été dessiné en fonction des différentes ethnies. Ainsi, les sujets ayant le plus d'autonomie correspondent à des populations ayant une origine bien particulière, à qui l'on accorde donc des droits supplémentaires, dûs à leur singularité.

Ici, on imagine souvent le russe comme blond aux yeux bleus, mais ce n'est absolument pas vrai. Beaucoup sont de type asiatiques, d'autres s'apparentent plus aux peuples du Caucase etc. Sur le passeport des habitants de la Fédération de Russie on trouve tout d'abord leur citoyenneté, la même pour tous: la citoyenneté russe, ensuite vient leur nationalité, et là, cela dépend de leurs origines au sein du pays: tchétchène, bouriate, tchouvache, tatars, etc. Et sur le total de la population de Russie, les russes, en tant qu'ethnie, ne représentent que 80% (Et ce nombre a tendance à baisser car certaines ethnies ont un meilleur taux de natalité.)

D'un sujet à un autre, la culture, la langue, l'architecture, la religion ne sont pas les mêmes. Ainsi certaines régions sont à majorité mulsulmane, d'autres évidemment orthodoxes, d'autres bouddhistes etc. Et c'est justement à ces régions bouddhistes que nous allons nous intéresser ici.

Personnellement, travailler sur ce sujet plusieurs jours d'affilée m'a réellement fait voyager, et c'est peut-être bête à dire, mais je pense que cet article changera beaucoup de choses dans ma vie, tant dans mes aspirations que dans mon mode de pensée. M'ouvrir à cette culture m'a réellement captivé, et j'espère que cette traduction vous intéressera tout autant.

 

Pour ceux qui le veulent, vous trouverez le texte source ici.

 

Bonne lecture!

 

PS: - Les éléments marqués entre [ ] sont mes notes personnelles, ne se trouvant pas dans la version russe du texte.

       - Les images/vidéos utilisées dans mes traductions ne sont pas forcément celles présentes dans les textes originaux.

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La Russie multiethnique.

La Russie multiethnique.

Introduction

 

Bien que ce phénomène tire ses racines d'un lointain passé, l'expression «tourisme religieux» est apparue dans notre pays [la Russie] relativement récemment. Dans de nombreux pays, et ce depuis des temps immémoriaux, on effectue des voyages vers des sites sacrés, empreints d'une énergie particulière, en croyant sincèrement que visiter de tels endroits et y participer aux cérémonies rituelles donnera des résultats mille fois supérieurs à ceux qui seraient obtenus à l'exécution de ces mêmes actions en d'autres lieux.

A cet égard, la Russie est dotée d'un héritage extraordinairement riche, qui n'est malheureusement, à l'heure actuelle, pas assez prisé. L'orthodoxie, l'islam, le bouddhisme et le judaïsme sont ici reconnues comme des confessions traditionnelles. Chacune d'entre elles possède des lieux singuliers à destination religieuse, que l'on peut pleinement considérer comme des ressources pour l'industrie du tourisme. Dans cet article est proposé un aperçu des centres bouddhistes les plus connus de Russie ainsi que des principales curiosités qui s'y trouvent.

Les Républiques de Kalmoukie, de Bouriatie, de Touva, le Kraï de Transbaïkalie et l'Oblast d'Irkoutsk sont les régions traditionnellement de confession bouddhiste. Des communautés bouddhistes existent également à Saint-Pétersbourg et Moscou. La plupart des bouddhistes russes ont pour religion ce que l'on appelle le bouddhisme du nord, c'est à dire sa branche tibétaine: le Mahayana. Ils appartiennent donc dans leur majorité à l'école de Gelugpa, mais il existe également des adeptes des autres courants du bouddhisme tibétain que sont Karma-kagyu, Nyingmapa et Sakya.

Les temples bouddhistes comme sites du tourisme religieux en Russie.

Le nombre de bouddhistes ethniques (les bouriates, kalmouks et touvains) s'élève à environ 900 000. Le nombre de pratiquants n'excède cependant pas les 500 000.

Actuellement, dans les Républiques de Kalmoukie, de Bouriatie, de Touva, le Kraï de Transbaïkalie et l'Oblast d'Irkoutsk, on assiste à la restauration des temples bouddhistes ayant survécu jusque là, ainsi qu'à la construction de nouveaux complexes monastiques. En Bouriatie, on les appelle «datsan», en Kalmoukie, «khouroul» et en Touva, «khourè». Selon les données préalablement récoltées, on trouve en Bouriatie 17 de ces complexes, 16 en Kalmoukie, 17 en Touva, 4 dans le Kraï de Transbaïkalie et 1 dans l'Oblast d'Irkoutsk. Tous sont des éléments de l'héritage bouddhiste sur le territoire de la Fédération de Russie. Cela dit, les quatre sites les plus prisés pour ce qui est du tourisme religieux sont le Datsan Gunzetchoïneï à Saint-Pétersbourg, le Datsan d'Ivolga, en Bouriatie, le Khouroul de L'adobe d'or du Bouddha Shakyamuni, en Kalmoukie, et le Khourè du Haut Tchadan, en Touva. L'histoire de chacun est incomparable et unique.

Bouriates en costumes traditionnels.

Bouriates en costumes traditionnels.

Le Datsan Gunzetchoïneï à Saint-Pétersbourg

 

Ce fut le premier temple bouddhiste dans la partie européenne de la Russie, construit entre 1910 et 1915 grâce au fonds récoltés par les croyants bouriates, mongols et kalmouks, mais également aux dons du chef tibétain, Sa Sainteté le 13ème dalaï-lama.

La décision de sa construction dans la capitale de l'Empire russe fut prise en 1900, au cours d'une rencontre entre l'empereur Nicolas II et le représentant du 13ème dalaï-lama en Russie, Agvan Dorjiev. C'est l'architecte V. B. Baranovskiï qui en élabora le projet et en mena la construction, avec la participation de maîtres bouriates, mongoles et kalmouks. La supervision de la construction fut assurée par un comité de scientifiques-orientalistes russes, parmi lesquels V. V. Radlov, S. F. Oldenbourg, F. I. Chtcherbatskoï, N. K. Roerich, etc.

Les temples bouddhistes comme sites du tourisme religieux en Russie.

Le temple fut construit dans le respect des canons de l'architecture cultuelle tibétaine et fut bénit en 1915. Au delà de ses fonctions de culte, il a été en quelque sorte une «fenêtre politique et culturelle» sur le Tibet. Durant la révolution [de 1917] et la guerre civile [entre 1917 et 1923] le temple fut pillé et cessa de fonctionner. En 1924, l'aménagement intérieur fut restauré et le temple reprit son activité, jusqu'à l'automne 1935, date à laquelle les moines bouddhistes furent réprimés et le datsan fermé. En 1938 le temple fut nationalisé, et sa propriété revint au Musée des religions et de l'athéisme de la ville de Leningrad [ancien nom de Saint-Pétersbourg].

En 1989 fut prise la décision de rendre le temple aux croyants bouddhistes. Il reçut en 1991 son nom actuel: Datsan Gunzetchoïneï, qui est en fait l'abréviation du nom tibétain qui lui fut attribué lors de sa sanctification. Trois ans plus tard, sous le dais principal fut installée une statue du Grand Bouddha, fabriquée par des maîtres mongols dans le style traditionnel, en papier mâché. Le chef spirituel vit ensuite sa silhouette être recouverte d'or mussif [et non pas «massif»] et sa tête couronnée d'une auréole en néphrite ornée d'animaux et de créatures mythologiques.

Les temples bouddhistes comme sites du tourisme religieux en Russie.

La restitution du temple aux croyants permit l'expansion ultérieure du bouddhisme à Saint-Pétersbourg (tout comme dans les autres villes de Russie, où sont apparues des communautés bouddhistes). Au début de l'an 2000, on comptait dans la ville pas moins d'une dizaine de groupes, représentant des traditions bouddhistes distinctes, dont certaines n'étaient pas issues de la branche tibétaine. Les formes de dévotion de ces nouvelles communautés se différenciaient qualitativement des archétypes du bouddhisme tibétain.

Par ailleurs, le temple est à présent la demeure d'un groupe de lamas [pas les animaux hein, les lamas sont des enseignants religieux du bouddhisme tibétain.], ayant reçu leur enseignement religieux à l'institut Dashi Tchoïnkhorlin d'Ivolga, en Bouriatie. Ces moines accomplissent régulièrement des prières rituelles dans le datsan, soutenant ainsi la tradition tibéto-bouriate, qui compte quelques adeptes, notamment au sein de la mince diaspora bouriato-kalmouke.

 

Le Datsan d'Ivolga, en Bouriatie

 

Ce datsan se situe dans le village de Verkhniaïa Ivolga, en République de Bouriatie. Il apparaît comme le centre bouddhiste le plus connu de Russie, et est un important complexe monastique ainsi que la résidence du Pandito Khambo-lama, le chef de la Sangha [communauté] traditionnelle bouddhiste du pays.

L'un des temples du monastère d'Ivolga.

L'un des temples du monastère d'Ivolga.

L'histoire du datsan d'Ivolga est plutôt intéressante. Le 2 mai 1945 le Conseil des commissaires du peuple de la République Soviétique et Socialiste Autonome Bouriato-mongole publia un décret «sur l'ouverture du temple bouddhiste Khambinskoe Sumè, dans le village de Sredniaïa Ivolga». A l'initiative des croyants débuta alors une collecte de fonds et d'objets religieux. Dans la localité d'Oshor-Boulag fut construit un bâtiment en bois, auquel on donna la forme d'un datsan. Les croyants, ayant eu vent de ce chantier, commencèrent à participer activement aux travaux.
 

Le 12 décembre 1945, la premier service de «Sakhyuousan Khoural» [Prière au Saint Patron Protecteur] fut mené par le gebshi-lama, Galsan Khaïdub. En février 1946, les services du nouvel an se déroulèrent dans le respect de tous les canons de cérémonie ritualo-religieuse. En 1951, les autorités accordèrent officiellement des terres au complexe monastique. Furent alors construites quelques maisons d'habitation destinées aux lamas [non, toujours pas les animaux.]. En 1970 fut achevé le temple Devajin-dugan, qui fut suivi en 1976 par la construction du principal temple d'Ivolga: Sockshin-dugan.

Vladimir Poutine devant Sockshin-dugan

Vladimir Poutine devant Sockshin-dugan

Petit à petit le modeste datsan s'est transformé en important complexe monastique. En 1991 y a été créée l'Université Bouddhiste Dashi Tchoïnkhorlin - Damba-Dorjo Zaïaev, où sont actuellement formés plus de 100 étudiants au sein de quatre facultés: de philosophie, de tantrisme [Enseignement, relevant de l'hindouisme et du bouddhisme notamment, fondé sur une cosmologie où prédomine l'énergie active (féminine ou masculine), privilégiant certains rites (cérémonies magiques, yoga, pratiques sexuelles, visualisation d'images, répétition de formules ésotériques, etc.) ayant pour but l'accomplissement de soi, le dépassement de la condition humaine, l'union avec le divin], d'iconographie et de médecine. Au delà des étudiants, chacun à la possibilité de se joindre aux cours universitaires. Les samedis et dimanches, dans la salle de réunion, les professeurs donnent des cours ouverts à tous ceux qui souhaitent en apprendre plus sur la doctrine de Bouddha. Sur le territoire du datsan on trouve également un hôtel d'été, un musée des monuments de l'art bouddhiste, une orangeraie abritant un arbre saint de la Bodhi, des enclos avec des chevreuils, les logements des lamas [Non.], et des bâtiments de service.

Vue aérienne d'une partie du monastère.

Vue aérienne d'une partie du monastère.

Il convient également de parler du Pandito Khambo-lama Itigilov, dont le corps impérissable repose dans un temple prévu à cet effet. Dashi-Dorjo Itigilov était considéré comme la réincarnation du premier Pandito Khambo-lama, Damba-Dorjo Zaïaev, fondateur du bouddhisme en Russie. Il fut le chef spirituel des bouddhistes russes entre 1911 et 1918 et comptait dans son proche entourage le célèbre scientifique et théologien bouriate, Agvan Dorjiev. Itigilov était notamment reconnu du monde bouddhiste pour avoir rédigé l'analyse de l’œuvre du grand lama-réformateur tibétain Tsongkhapa, fondateur de l'école de Gelugpa (Xvème siècle), intitulée «Éloge de l'origine interdépendante», texte fondamentale portant sur la métaphysique du Vide. Il était également un pratiquant de très haut rang, ayant accédé à la conception directe du Vide, vérité absolue de tout phénomène. Selon la légende, au cours de sa vie il a accompli de nombreux miracles. On raconte qu'un jour il parcouru la surface du Lac Beloïe à dos de cheval et qu'il pouvait en un instant se déplacer d'un endroit à un autre. En 1927 le lama Itigilov mourut en état de méditation, et 75 ans plus tard son corps intact apparut à la vue de ses disciples.

Les temples bouddhistes comme sites du tourisme religieux en Russie.

En effet, en 2002 son corps fut exhumé et placé dans un sarcophage. Chaque année, durant neuf jours bien précis, toute personne le souhaitant peut venir se recueillir devant la précieuse et éternelle dépouille du Pandito Khambo-lama Igitilov.

En 2005, dans la localité de Oulzy Dobo, non loin du village d'Orongoï, où était né Itigilov, fut découverte une source d'eau médicinale. On y érigea un stūpa [Recherchez ce mot sur le net, vous comprendrez de suite de quoi il s'agit.] dédié à Itigilov, le 12ème Pandito Khambo-lama. Le complexe bouddhiste «Oulzyta Arshan» [Arshan signifiant «source médicinale» en bouriate ] est à présent un centre important de pèlerinage pour les croyants.

Lieu de pèlerinage de Oulzyta Arshan, avec au fond, en blanc, le fameux stūpa.

Lieu de pèlerinage de Oulzyta Arshan, avec au fond, en blanc, le fameux stūpa.

Le Khouroul de L'adobe d'or du Bouddha Shakyamuni, en Kalmoukie

 

Construit à Elista, la capitale kalmouke, c'est l'un des plus importants temples bouddhistes d'Europe et de la République de Kalmoukie. Son inauguration solennelle et sa sanctification eurent lieu le 27 décembre 2005 et coïncidèrent avec la célébration de l'une des fêtes nationales [kalmoukes] appelée Zoul [signifiant «lampe» en kalmouk, elle célèbre la naissance de l'univers, et l'on allume justement des bougies, lampes et feux. Aujourd'hui, on en profite également pour commémorer la mort du fondateur de l'école Gelugpa, Tsongkhapa.] ainsi que la date anniversaire de la déportation des kalmouks vers la Sibérie et l’Extrême Orient en 1943.

Le temple fut érigé, sur le terrain d'une ancienne usine de produits en béton armé, avec la bénédiction du leader spirituel des bouddhistes russes, Sa Sainteté le 14ème Dalaï-lama, qui avait effectué une visite spirituelle à Elista en 2004.

Les temples bouddhistes comme sites du tourisme religieux en Russie.

Le khouroul, d'une hauteur de 63 mètres, renferme la plus grande statue de Bouddha de Russie et d'Europe, mesurant 9 mètres. Le bâtiment se divise en 7 étages. Le premier comprend une bibliothèque, un musée et une salle de conférence. Au second étage, on trouve une salle de prière, appelée «dougan», dans laquelle se situe la statue de Bouddha Shakyamuni. A l'intérieur de cette statue ont été entreposés des objets religieux tels que des mantras, de l'encens, des bijoux, des poignées de terre provenant de chaque district de la république [kalmouke], ainsi que des céréales et plantes poussant sur son territoire. La statue, en elle-même, est recouverte d'or mussif et incrustée de diamants. Au troisième niveau ont été aménagées des pièces individuelles où les moines, médecins de tradition tibétaine, et astrologues peuvent accueillir les croyants. On y trouve également l'administration. Le quatrième étage sert de résidence au chef des bouddhistes de Kalmoukie, Telo Toulkou Rinpotché, et comprend également une petite salle de conférence. Le cinquième niveau, lui, s'avère être l'une des résidences de Sa Sainteté le 14ème dalaï-lama, Tenzin Gyatso. Le sixième étage à une fonction domestique. Enfin, le septième niveau est dédié à la méditation et seuls les religieux peuvent y accéder.

Les temples bouddhistes comme sites du tourisme religieux en Russie.

Autour du khouroul ont été construites 108 stūpas. Les portes principales sont celles situées au sud. Dans la clôture autour du temple ont été érigées quatre portails en direction des quatre points cardinaux. Le plan architectural du monastère tout entier a une forme de mandala. Le bâtiment du khouroul est entouré de 17 pagodes où ont été placées les statues de grands professeurs bouddhistes du monastère Nalanda [qui se trouve dans le sud de la France!].

Le Khourè du Haut Tchadan, en Touva

 

Dans la littérature, ce temple est également connu sous le nom de Oustouou-Khourèè. Il se situe dans la localité de Tchaïlag-Alaak, sur la rive droite du fleuve Tchadan, à 7km au sud de la ville de Tchadan. Oustouou-Khourèè est l'un des deux plus gros complexes religieux sur le territoire de Daa-kojououn (qui correspond à l'actuel district Dzoun-Khemtchikskiï). Oustouou-Khourèè est considéré comme le centre spirituel, politique, économique et culturel de la société touvaine.

L'histoire de la création du temple du Haut Tchadan est intéressante pour de multiples raisons. Tout d'abord, l'initiateur de sa construction fut l'ougerda (dirigeant du Touva) Khaïdyp, dont l'importante activité au service du bouddhisme est reconnue de tous. Ensuite, à cette époque, il était le seul khourè du Touva à avoir été construit selon les canons de l'architecture religieuse tibétaine, ce qui lui permit de se distinguer des autres. Enfin, l'histoire de sa construction est relatée dans de nombreux témoignages authentiques. Tout ceci est décrit plus en détail dans les travaux de M. V. Mongoush.

Photo de l'ancien temple.

Photo de l'ancien temple.

Après avoir eu l'idée de la construction de son propre khourè, l'ougerda Khaïdyp choisit à cet effet une vallée pittoresque à trois verstes [La verste est une ancienne mesure de longueur utilisée en Russie, valant (à partir du 18ème siècle) 1066,8 mètres.] de son campement. Il fit spécialement venir du Tibet le lama Kountan Rinpotché pour que celui-ci supervise le projet du futur khourè. Au printemps de l'année 1905 Kountan Rinpotché arriva donc au campement de Khaïdyp en ayant apporté avec lui les plans du projet de monastère, basé sur le modèle tibétain. Ainsi, le chantier du Khourè du Haut Tchadan débuta sous sa direction. Comme principal matériau de construction fut utilisée de l'argile, ce qui était assez inhabituel en Touva. Les travaux durèrent deux ans et furent achevés pour l'été 1907.

En très peu de temps, ce monastère devint l'un des plus prestigieux centres d'enseignement du Touva. On y étudiait les disciplines de la tradition Gelugpa, mais également, grâce aux connaissances des anciens, les arts martiaux, qui, certainement, furent empruntés aux moines chinois. Cependant, suite à la révolution populaire de 1921 qui éclata dans la République de Touva, ainsi que son intégration au sein de l'URSS en 1944, la situation des instituts religieux du pays changea considérablement [Le pouvoir soviétique ayant fortement lutté contre toute forme de religion.]. Le Khourè du Haut Tchadan fut une exception qui, malgré la propagande antireligieuse menée avec férocité, continua d'exercer son activité grâce à un petit nombre de lamas qui y étaient restés. Des témoins oculaires racontent que quelques lamas s’efforcèrent de défendre le khourè en le déplaçant en d'autres lieux. Non loin de la vallée du Tchadan, dans la localité de Tévé-Khaïa, ils envoyèrent six yourtes pour y habiter, et construisirent deux bâtiments de prière, dans lesquelles ils purent accueillir du monde et assurer les services et cérémonies religieuses.

Les ruines du temple. Vu la taille des murs, je vous laisse imaginer l'aspect monumental de l'ancien temple.

Les ruines du temple. Vu la taille des murs, je vous laisse imaginer l'aspect monumental de l'ancien temple.

En septembre 1992, pour la première fois dans l'Histoire, eu lieu la visite officielle en Touva d'une délégation tibétaine, avec à sa tête Sa Sainteté le 14ème Dalaï-lama. Sa Sainteté, après avoir visité les ruines du Khourè du Haut Tchadan déclara «La flamme de la foi n'est pas encore éteinte en ces lieux». Le leader tibétain inspira ainsi ses frères spirituels pour la restauration et la reconstruction du temple, dont la création avait été le fruit de la participation de son concitoyen, le moine tibétain Kountan Rinpotché.

Après de nombreuses années, le Ministère de la culture de la Fédération de Russie et celui de la République de Touva donnèrent leur accord pour la reconstruction du Khourè du Haut Datchan, à son emplacement originel. Depuis 1999, dans le but d'attirer l'attention de l'opinion publique sur la restauration du temple, chaque année est organisé dans la ville de Tchadan le festival musical «Oustouou-Khourèè», ayant pour devise «D'une musique vivante vers une foi vivante». Au départ, il se déroulait grâce aux efforts d'enthousiastes musiciens, aux frais de sponsors, mais à présent il est financé par le programme fédéral «La culture de Russie». Les murs en ruines du temple, ayant curieusement survécu jusqu'à notre époque, apparaissent comme un symbole du festival.

Le 23 juin 2012 eu lieu l'inauguration solennelle du temple bouddhiste Oustouou-Khourèè, dont la restauration avait débuté en 2009 grâce au soutien du gouvernement et des citoyens.

Le nouveau Oustouou-Khourèè.

Le nouveau Oustouou-Khourèè.

Perspectives d'étude du marché

 

Les spécialistes du secteur touristique distinguent plusieurs caractéristiques d'accueil et d'installation des pèlerins et des touristes ainsi que de leurs devoirs vis-à-vis des monastères et temples. Il existe des monastères, assurant leur accueil selon un accord préalable ou en fonction du bon-vouloir du doyen. Tandis que les uns n'acceptent les visiteurs qu'à certaines périodes convenues, les autres le font toute l'année. Certains monastères offrent la possibilité d'être hébergé et/ou de se restaurer, d'autres non. Quelques uns ne sont ouverts qu'aux hommes. Enfin, certains exigent une compensation financière pour la visite, ainsi que pour le logement et la nourriture qu'ils proposent.

En ce qui concerne les temples et monastères cités précédemment, une telle classification ne semble pas très pertinente au vu de leurs capacités grandement limitées. Par exemple, sur le territoire du Datsan d'Ivolga se trouve un hôtel d'été, mais sa capacité d'accueil n'est pas bien conséquente. Cependant, les touristes et pèlerins peuvent être hébergés dans des maisons d'hôtes du village de Verkhniaïa Ivolga, situées non loin du là. Dans le domaine du temple de L'adobe d'or du Bouddha Shakyamuni, à Elista, aucun hôtel ou auberge n'a été prévu, c'est pourquoi les voyageurs devront se tourner vers les hôtels «Gorod Sharmat» [«La ville des échecs (le jeu)» en russe; la ville accueillant des championnats internationaux d'échecs, ce thème y est très présent.], «Shans» [«Chance»] ou vers les auberges «Elista» et «Belyï Lotos» [«Le lotus blanc»], situés dans le même district que le temple. Le Datsan Gunzetchoïneï à Saint-Pétersbourg et le Khourè du Haut Tchadan ne disposent eux non plus d'aucune possibilité d'hébergement. De plus, le temple du Haut Tchadan se trouve à une bonne distance de la ville de Tchadan, s'y rendre n'est donc possible qu'avec un véhicule privé ou en bus, mais ceux-ci ne circulent entre la ville et le temple que les jours de fêtes religieuses.

Le temple d'Aginskoe, dans Kraï de Transbaïkalie.

Le temple d'Aginskoe, dans Kraï de Transbaïkalie.

La tentative préalable d'étude du marché concernant les sites évoqués précédemment permet de formuler quelques conclusions. Premièrement, le tourisme religieux intéresse un nombre plutôt conséquent de personnes, et ce, dans toutes les régions de notre enquête, ce qui laisse entendre que ce type de tourisme possède une clientèle potentielle non négligeable. De plus, toutes les tranches d'âge, et les différentes catégories sociales sont représentées, mais quantitativement, les femmes dominent.

Deuxièmement, le nombre de personnes, ayant visité les sites bouddhistes cités plus haut, est plus important que celui des personnes s'intéressant au bouddhisme. Il en découle alors que ces lieux attirent des gens, pour qui le bouddhisme ne présente pas d'intérêt particulier. Il peut également y avoir des raisons, poussant à visiter un temple, par exemple, le désir d'assister à un événement religieux haut en couleur (les fêtes de Cham, de Maïdar ou encore les services du nouvel an), ou à une visite d'un chef spirituel important etc. Cela constitue donc un élément prouvant encore une fois un fort potentiel pour le développement du tourisme religieux.

Représentation lors de la fête de Cham, dans la République de Touva.

Fête au Khouroul de L'adobe d'or du Bouddha Shakyamuni, à Elista.

Le Datsan d'Ivolga, en Bouriatie, est le temple qui bénéficient, parmi les voyageurs, de la plus grande popularité. Cela s'explique en grande partie par la présence du corps intacte du lama Itigilov, par l'image positive du datsan, et certainement par son statut d'unique centre bouddhiste de Russie n'ayant jamais cessé son activité, et ce, même durant les années de propagande athéiste.

Ces dernières années, L'adobe d'or du Bouddha Shakyamuni, à Elista, a vu son nombre de visiteurs fortement augmenter. Ce khouroul se situe dans la capitale kalmouke, ce qui le rend accessible à de grands groupes de population, qu'ils soient locaux ou de passage. D'un autre côté, le temple apparaît en quelque sorte comme la marque, la carte de visite d'Elista, et à ce titre, sa popularité dépasse les frontières de la république.

Les temples bouddhistes comme sites du tourisme religieux en Russie.

En troisième lieu, pour la majorité des gens, la découverte du complexe religieux est le principal but de leur voyage. Pour satisfaire cet intérêt, il est primordial d'élaborer correctement leur visite de manière à donner un aperçu maximal et diversifié de la vie du monastère, ou de tout autre lieu, en ne se limitant pas seulement aux simples faits et à l'aspect extérieur de son fonctionnement. L'acquisition de nouvelles connaissances, la recherche de quiétude, ainsi que l'envie de passer un moment captivant, bien que moins exprimées, apparaissent aussi comme des motivations importantes pour un nombre non négligeable de clients potentiels.

Représentation pour la fête de Cham, au datsan Tamtchinskiï, en Bouriatie.

Représentation pour la fête de Cham, au datsan Tamtchinskiï, en Bouriatie.

Il convient également de prendre en compte, que la majorité des touristes ont une opinion positive des sermons ou des discussions avec les maîtres spirituels. Cela dit, un pourcentage assez important de ces personnes ont précisé qu'il est plus intéressant d'écouter, non pas leurs sermons, mais leurs explications sur les positions religieuses quant à différents aspects de la condition humaine ainsi que leurs commentaires sur notre vie moderne.

Ensuite, en visitant les lieux de cultes, la plupart des sondés insinuent y avoir fait l'acquisition d'objets porte-bonheurs, tels que des bougies, de l'encens, des accessoires de rituels, des ouvrages philosophiques et religieux, ou des khatas [l'«écharpe de félicité» bouddhiste est une écharpe traditionnelle de cérémonie utilisée au Tibet et en Mongolie.] etc. Pour eux, ces objets, achetés dans le temple, ont plus de signification que des objets similaires, obtenus dans des magasins profanes. Cependant, nombre de personnes interrogées affirment être également intéressées par l'obtention de choses immatérielles, telles que l'apaisement, la bonne humeur, l'inspiration. Il est aussi à noter la forte demande des visiteurs de pouvoir s'entretenir avec les maîtres spirituels.

Petite boutique à l'entrée du monastère d'Ivolga.

Petite boutique à l'entrée du monastère d'Ivolga.

Pour conclure, nous pouvons donc affirmer que le tourisme religieux dans les régions étudiées possède un fort potentiel, qui doit être exploité par les tour-opérateurs. En perspective, nous pouvons nous attendre à un élargissement important de l'offre des circuits, grâce à la rénovation et à la construction de nouveaux complexes bouddhistes. Par exemple, à Moscou, les autorités ont récemment accordé une parcelle de terre sur le Mont Poklonnaïa pour qu'y soit construit un temple bouddhiste. Comme on le sait, là-bas se trouvent dors-et-déjà une église orthodoxe, une mosquée ainsi qu'une synagogue.

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Et voilà, le voyage est terminé! Si vous êtes arrivés jusqu'ici c'est que, je l'espère, ce texte vous aura plu. N'hésitez pas à me faire partager votre ressenti, vos remarques etc, je les accueillerai tel un moine bouddhiste accueillant ses visiteurs.

 

A la prochaine!

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