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Tradivostok

La situation linguistique dans les régions de la Russie contemporaine.

Introduction

Troisième article, troisième sujet!

J'ai décidé de me lancer dans la traduction de cet article car il y est question d'une problématique que j'affectionne tout particulièrement: la situation des langues minoritaires.

C'est quelque chose dont on parle peu, et les gens, par conséquent, n'y sont pas très sensibles, alors que c'est un univers d'une richesse extraordinaire qui s'ouvre à nous lorsque l'on s'y intéresse.

C'est pourquoi, avant que vous ne lisiez ma traduction, je tiens à resituer un peu le contexte, afin que vous ayez le recul nécessaire ainsi qu'une bonne compréhension de certaines notions qui sont, en Russie, différentes de ce que nous connaissons ici. Mon introduction va donc s'articuler autour de deux parties, la première concerne les langues minoritaires et la deuxième traite de la notion de «nation» en Russie.

Paysage de la Péninsule de Yamal.

Paysage de la Péninsule de Yamal.

Les langues minoritaires:

Il existe, selon les estimations, environ 6000 langues dans le monde. Et pourtant, d'après l'ONU, 1% d'entre elles servent à la communication de 99% de l'humanité. Certaines se retrouvent donc en danger, et entre 10 et 20 langues disparaîtraient chaque année. Ce phénomène est valable sur tous les continents, dans tous les pays. Étant breton, je me sens directement concerné par cette situation, la Bretagne ayant deux langues ethniques: le breton et le gallo. Au fil des ans, j'ai eu l'occasion de discuter de cela avec bon nombre de personnes et je me suis rendu compte que très peu de gens (pour ne pas dire la quasi majorité) ne sont pas au courant de la position extrêmement délicate de ces langues. Je pense que beaucoup de gens ne savent même pas que, par exemple, en France (France métropolitaine et d'outre mer), on dénombre approximativement 65 langues «régionales». Et j'insiste sur le fait qu'il ne s'agisse pas de langues immigrées, mais bien de langues autochtones, certaines sont même nées avant l'apparition de la langue française. Il n'est donc pas question de dialectes. Pour vous donner un exemple, le breton est au français ce que l'espagnol est au russe. Ce sont des langues à part entière et très différentes. J'insiste sur ce point car j'ai extrêmement souvent des réflexions m'affirmant le contraire et avoir une telle vision pourrait biaiser votre compréhension du texte. Afin d'illustrer mes propos, voici une phrase en français, et sa traduction, en breton:

«Je suis fatigué, je vais me coucher.» → «Skuizh on, mont a ran da gousket.».

C'est un sujet qui me tient à cœur, car en plus d'être breton, j'ai suivi un cursus très littéraire et me suis donc vite rendu compte de l'importance des langues. Elles représentent une part considérable de notre patrimoine, l'une des plus riches selon moi. Un jour, quelqu'un, je ne sais plus qui, a dit «un peuple qui perd sa langue n'est plus un peuple», malheureusement il faut reconnaître qu'il y a du vrai là dedans, et cela m'effraie d'autant plus que notre monde avance à grand pas vers l'uniformité et la mort des différences.

Carte des drapeaux des subdivisions composant la Fédération de Russie.

Carte des drapeaux des subdivisions composant la Fédération de Russie.

Le concept de «nation» en Russie:

Je tiens également à éclaircir certains points qui risquent de gêner votre compréhension du texte si je ne le fais pas. La Russie est une fédération, elle est donc composée de différentes subdivisions territoriales ayant des degrés différents d'autonomie. Il y a donc par exemple, au sein même de la Russie, plusieurs républiques, qui ont leur propre gouvernement, leur président etc. La Russie étant, de base, l'un des pays les plus multiculturels au monde, ces subdivisions correspondent généralement à différents peuples. Les citoyens de la Fédération de Russie ont, sur leur passeport, deux choses bien distinctes d'inscrites:

  • Leur citoyenneté: la russe pour tout le monde.

  • Leur nationalité: celle-ci dépend de la subdivision, parmi les 85 existantes, où ils sont nés. Cela peut être la nationalité tatare, bachkire, tchouvache, bouriate, tchétchène …

Dans ce texte, vous rencontrerez souvent le mot «national», il est donc à comprendre comme se rapportant non pas à la Russie, mais à la subdivision dont il est question. Ainsi, si je parle de la télévision nationale en Kalmoukie, il s'agit de la télévision kalmouke, et non pas russe. Si je veux parler de la télévision fédérale russe, j'utiliserai le terme de «télévision d'État». De même, lorsque je parle de «communication inter-nationale», il ne s'agit pas, par exemple d'échanges entre la Russie et les États-Unis, mais de ceux s'effectuant entre les différentes subdivisions, voire entre les différents peuples, de Russie.


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Je m'excuse pour cette introduction un peu longue, mais elle me semblait nécessaire. Et de toute façon, tout ceci n'était qu'un bref échauffement car l'article que j'ai sélectionné est bien plus long, courage!

Je tiens d'ailleurs à préciser que le texte original date de 2005, des choses se sont donc bien évidemment passées depuis, mais dans l'ensemble, d'après mes recherches, il reste tout à fait d'actualité.


 

Pour ceux que ça intéresserait, voici le texte source.
 

PS: - Les éléments marqués entre [ ] sont mes notes personnelles, ne se trouvant pas dans la version russe du texte.
       - Les images/vidéos utilisées dans mes traductions ne sont pas forcément celles présentes dans les textes originaux.

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Carte des subdivisions territoriales qui seront évoquées dans cet article.

Carte des subdivisions territoriales qui seront évoquées dans cet article.

A la fin des années 80, afin de lutter contre la russification, se sont développés dans presque toutes les républiques unies et autonomes d'URSS, des mouvements en faveur de l'élargissement des compétences accordées aux langues minoritaires. Dans beaucoup de cas, ils ont été la première étape d'une lutte pour la séparation vis-à-vis de la Russie et la formation d'États-nations. Il semblait alors, qu'après avoir été libérée du «mal totalitaire», chaque langue de l'URSS, même la plus mineure d'entre elles, pourrait être utilisée dans toutes les sphères de communication. De par leur diversité et leur orientation sociale, les slogans de ces mouvements avaient quelque chose en commun avec les idées qui s'étaient emparées des esprits suite à la Révolution d'Octobre [1917], lorsque beaucoup étaient également persuadés qu'il serait possible, grâce à une politique linguistique adéquate, d'atteindre une équité totale pour toutes les langues et que chaque Tatar ou Tchouktche pourrait lire Shakespeare et Marx dans sa langue natale.

Ces idées sont restées populaires quelque temps en Russie post-soviétique. En 1993 j'ai eu l'occasion de discuter avec un linguiste kalmouk. Il me démontra (évidemment en russe), que maintenant, après l'arrêt de la russification forcée, les Kalmouks pourraient s'en sortir sans connaître la langue russe: qu'au sein de leur république, la langue kalmouke leur suffirait, et qu'ils communiqueraient avec le reste du monde, y compris Moscou, en anglais.

Bien sûr, de tels propos n'étaient pas totalement dénués de fondements, ils se référaient à l'expérience de certains nouveaux États, apparus sur la carte en 1991. Là-bas, en effet, on avait mis en place une dynamique visant à évincer la langue russe de toutes les sphères de la vie qui n'avaient pas trait à la communauté russe. Au delà des frontières de la Fédération de Russie, une telle politique était menée dans tous les pays de la CEI [Communauté des États Indépendants], à l'exception de la Biélorussie, avec différents degrés de brutalité et d'intensivité (Par exemple la situation est loin d'être la même en Lettonie et au Kazakhstan, mais ça, c'est un autre sujet.).

Anadyr, capitale du district autonome de Tchoukotka.

Anadyr, capitale du district autonome de Tchoukotka.

Tous ne se sont pas de suite rendus compte que les événements d'août et de décembre 1991 avaient tracé une frontière, notamment dans le domaine linguistique, entre la Russie et le reste de l'ex-URSS. L'état d'esprit utopiste de ces années là se refléta d'ailleurs dans la première version de la Loi sur les langues, adoptée en République socialiste fédérative soviétique de Russie [ancien nom de la Russie lorsqu'elle faisait partie de l'URSS] le 25 octobre 1991. Y était spécialement prescrite la procédure de constitution, dans les établissements centraux russes, de groupes en charge de la traduction des langues des minorités nationales vers le russe. Il était alors supposé que, grâce à ces traducteurs, les citoyens, par exemple du Tatarstan ou de Tchoukotka, pourraient mener des discussions avec Moscou sur telle ou telle question, dans leur langue ethnique. Il était spécialement stipulé que ces points entreraient en vigueur non pas de suite, mais après trois ou quatre ans, une fois que les groupes de traducteurs auraient été formés. Mais on ne trouva pas de traducteur, et lors de la modification du texte de loi, à la fin des années 90, les points les concernant disparurent.

Et ce n'est pas un hasard. Le changement de situation linguistique au sein de l'ex-URSS s'explique, au moins en partie, par les mutations sociales survenues à cette époque. En Russie, il est tout d'abord déterminé par une composition ethnique différente, par rapport à l'URSS, et par le mouvement de création d'États-nations. En Russie, le pourcentage de la population russe et, plus largement, de la population russophone (c'est-à-dire les personnes de différentes nationalités, pour qui le russe est la langue maternelle.), dans la population totale, a augmenté, par rapport à la composition de la population en URSS. Et la majorité des autres langues les plus importantes et développées d'URSS se sont retrouvées, en majeure partie, en dehors de la Fédération de Russie.

Carte de l'éclatement de l'URSS.

Carte de l'éclatement de l'URSS.

L'intelligentsia nationale des peuples de Russie aime se référer à l'exemple de pays tels que la Suisse, la Belgique ou le Canada. Là-bas, en effet, il n'y a pas de langue nationale unique mais plusieurs langues coexistant sur un même pied d'égalité: l'allemand, le français et l'italien en Suisse, le français et le flamand en Belgique, l'anglais et le français au Canada. En Suisse, dans n'importe quel établissement les employés sont tenus de répondre au visiteur dans la langue, parmi les trois citées plus haut, dans laquelle il se sera adressé à eux. L'exemple suisse a d'ailleurs été pris en compte lors de l'élaboration de la politique linguistique de notre pays [la Russie] dans les premières années du pouvoir soviétique.

Mais la situation en Russie est toute autre, et cela ne s'explique pas seulement par son expérience historique particulière. Notre pays est, en terme de surface et de population, bien plus grand que les pays cités, et le nombre de langues y existant (plus de cent) est vingt fois plus élevé qu'en Suisse ou en Belgique, ceci dit, dans notre pays, le russe surpasse considérablement, en terme d'expansion, toutes les autres langues nationales réunies. De plus, actuellement en Russie il y a peu de territoires (contrairement à avant la Révolution), où la population russe est absente ou peu présente (Là où c'est le cas, est menée une politique linguistique adaptée, ce dont nous traiterons plus tard.). Même au Canada, où la situation est plus proche de celle de la Russie, que de celle connue par la Suisse ou la Belgique, presque toute la population francophone est concentrée au Québec, où il n'est pas d'usage de parler anglais (nous laissons pour le moment de côté la question des indiens et inuits canadiens). Sur la majeure partie du territoire de la Russie, le rôle de la langue russe en tant que moyen de communication inter-nations est considérable et que ce soit avant la Révolution ou durant la période soviétique, ce rôle n'aurait pu être endossé par aucune autre langue. En ce qui concerne les pays occidentaux précités, l'existence de plusieurs langues d'État s'y explique par une intensivité relativement faible de la communication inter-nations. Chez nous, dans les années 20, les intentions initiales du pouvoir soviétique étaient utopiques, s'en sortir sans la langue russe s'avéra impossible. Au final, Staline, tout en conservant les anciens slogans, se tourna en réalité vers une politique linguistique diamétralement opposée: la russification.

Carte des langues en danger en Russie. (Vous pouvez consulter la carte du monde des langues en danger sur le site de l'UNESCO.)

Carte des langues en danger en Russie. (Vous pouvez consulter la carte du monde des langues en danger sur le site de l'UNESCO.)

Si le changement de la structure sociale, en lui même, n'a pas été la cause de la politique linguistique actuelle (Du moins dans les régions économiquement étroitement liées entre elles et avec le centre [Moscou].), il n'a pas non plus été ce qui a renforcé la position de la langue russe. Voici un exemple, également liée à la Kalmoukie (J'écris beaucoup à propos de la Kalmoukie principalement car j'y suis allé, mais des processus analogues existent dans beaucoup d'autres républiques de la Fédération de Russie.). Durant la période soviétique (Je parle ici de la période suivant le retour des Kalmouks en 1957. [Le peuple kalmouk avait été déporté vers la Sibérie et l'Asie Centrale en 1943-44.]) il y avait une édition stable de livres en langue kalmouke, était également publié un journal central en kalmouk, ainsi que quelques journaux locaux. Maintenant ils se plaignent du quasi total arrêt de l'édition de livres en kalmouk, les journaux locaux ont mis la clef sous la porte et le journal central «Khalmg Ounn» [«La pravda kalmouke»] est toujours publié, mais est en réalité devenu bilingue. Il est révélateur d'analyser la façon dont sont répartis les éléments suivants en fonction de la langue: les sujets officiels sont rédigés en kalmouk, alors que le programme télé, les blagues, l'horoscope, une partie des articles sportifs, et toute la publicité, sont en russe. La raison est claire: durant la période soviétique on pouvait envisager une activité d'édition sans se soucier de la rentabilité, aujourd'hui, les lois du marché ne permettent pas de publier de littérature en kalmouk ou en beaucoup d'autres langues de Russie. L'édition du journal, officiellement kalmouk mais en réalité bilingue, est un compromis entre «l'idée de nation» et le marché. Il est d'ailleurs probant de constater que de manière générale, la télévision en langues minoritaires conserve une position plus solide que l'édition de livres et de journaux: dans les régions-nations, tant que les chaînes d'État sont préservées, on peut se permettre de diffuser de telles émissions.

Affichage du journal "Khalmg Ounn", en Kalmoukie. En URSS on trouvait partout ce genre de panneaux d'affichage avec les pages du journal, il y en avait parfois des rangées entières et les gens venaient les lire directement ici. Cette tradition est encore présente dans certains coins.

Affichage du journal "Khalmg Ounn", en Kalmoukie. En URSS on trouvait partout ce genre de panneaux d'affichage avec les pages du journal, il y en avait parfois des rangées entières et les gens venaient les lire directement ici. Cette tradition est encore présente dans certains coins.

Une question logique se pose cependant: Pourquoi la population de Kalmoukie et des autres républiques de Russie préfère lire précisément en russe? En effet, on ne peut pas qualifier la langue kalmouke de mourante: dans les milieux ruraux, son rôle de moyen de communication de la vie quotidienne est tout à fait stable. Il y a ici plusieurs raisons. L'une d'elles est la présence de la population russe, qui est numériquement partout plutôt considérable. Bien que dans les écoles, lors de concours d'interprétation de chansons nationales kalmoukes, les enfants des deux nationalités participent, c'est simplement car c'est intéressant, et la majeure partie des adultes russes refusent net d'étudier d'autres langues de Russie.

De la même façon, dans la République d'Adyguée (Où il y a plus de Russes que d'Adyguéens.), la tentative des autorités d'introduire la langue adyguéenne dans l'administration a suscité un fort mécontentement chez la population russe, perturbée par le fait que la méconnaissance de cette langue les empêcherait d'occuper des postes haut placés dans la république. Parmi les stratégies possibles (Par exemple, la lutte pour la préservation de l'administration en russe, pour le changement de pouvoir dans la république, pour le rattachement de l'Agyguée à la région de Krasnodar, et enfin, le départ pur et simple.) il y en a une qui n'est pas étudiée, et qui semble pourtant être la plus naturelle: apprendre l'adyguéen et s'intégrer dans la hiérarchie existante. En Kalmoukie, après l'adoption, fin 1991, de la Loi sur les langues, instaurant deux langues nationales, les russes craignirent fortement qu'il leur faudrait apprendre la langue kalmouke, cependant, ils en ont été épargnés.

Survol de Maïkop, la capitale de la République d'Adyguée.

Une autre raison est évidemment liée aux représentations et stéréotypes, inculqués encore du temps des tsars, ayant tenu bon lorsqu'on essaya de les détruire dans les années 20-début des années 30, et s'étant même quelque peu renforcés dans la période 1930-1980. Les gens ont pris l'habitude de penser que la langue russe leur ouvre toutes les portes, là où la langue de leur nation les isole du reste du monde et est utile uniquement pour communiquer dans la vie quotidienne avec leurs proches. Un point de vue opposé est inhérent aux membres de l'intelligentsia nationalistes et généralement portés sur les sciences sociales. Mais à la fin des années 80 on a vite cessé de prêter l'oreille à leurs discours, beaucoup pensaient sérieusement, que le changement de la structure sociale pourrait faire «renaître» leur langue (Ceci dit, par le terme «renaissance» on entendait souvent l'expansion des langues minoritaires dans des sphères, où elles n'avaient, soit jamais été employées, soit été d'usage justement au début de la période soviétique.). Mais la déception fut vite arrivée, et dans la plupart des cas, la situation resta inchangée.

En 1997 j'ai eu l'occasion de discuter, à Élista [Capitale de la Kalmoukie.], avec les membres de ce que l'on appelle le Parlement de la jeunesse, composé d'étudiants et jouant le rôle de doublure du véritable parlement (C'est l'une des innovations exotiques de Kirsan Ilioumjinov [Président de la République de Kalmoukie].). Se sont donc rassemblées ces jeunes et, de toute évidence, intelligentes personnes; les kalmouks et les russes étaient représentés approximativement en parts égales. A la question «Approuvez-vous la renaissance de la langue kalmouke?» tous répondirent en chœur «Oui». Il apparut cependant qu'à peine deux d'entre eux parlaient réellement kalmouk, et à la question «Que faites vous personnellement pour connaître la langue kalmouke?» les autres ne surent que répondre: Il n'y avaient jamais pensé. Cela signifie que tous acceptent les beaux et abstraits slogans, mais que personne ne se presse pour les concrétiser.

Des Kalmouks.

Des Kalmouks.

Et voici la troisième, et peut-être principale, raison. Les stéréotypes précités reflètent, parfois quelque peu artificiellement, la situation réelle ayant existé en URSS et toujours présente en Russie. Ce n'est pas un hasard si, encore en 1958, sous Khrouchtchev, lorsque l'on accorda aux parents le droit de choisir la langue d'enseignement pour leurs enfants, à travers tout le pays le nombre d'écoles nationales diminua radicalement. A ce phénomène contribuèrent également des mesures administratives orientées, que la population soutenait et considérait comme naturelles (Bien qu'à la fin des années 80, beaucoup nièrent leur soutien.). D'ailleurs, durant la période soviétique, ce n'est pas Staline, mais précisément Khrouchtchev qui, sur le chemin du communisme et croyant sérieusement au «gommage des différences», y compris linguistiques, mena le plus activement une politique de russification.

De nos jours, dans cette même Kalmoukie et bien d'autres républiques, finalement la plus belle réussite dans le domaine du développement des langues nationales s'avère être le rétablissement ou la croissance de l'enseignement scolaire dans ces langues, qui avait cessé (Excepté l'enseignement des langues minoritaires en tant que matières indépendantes.) ou fortement diminué à la fin des années 50-début des années 60. Maintenant, dans les villes principales de ces républiques apparaissent même des établissements du secondaire avec un cycle entier d'enseignement en langue nationale. Pour l'instant, cependant, ces mesures sont fragilisées par la situation globale actuelle, exigeant de tous de connaître dans un premier temps la langue russe.

Une classe, en Yakoutie.

Une classe, en Yakoutie.

L'étude approfondie d'une langue est impossible si l'on ne se plonge pas dans sa littérature. Or, la littérature nationale (Des journaux à la poésie.), en règle générale, n'attire pas l'attention du lecteur. Durant la période soviétique, se développait et était artificiellement soutenue la littérature artistique dans presque toutes les langues de l'URSS, y compris les plus mineures. Cependant, les œuvres des écrivains nationaux, aussi talentueux fussent-ils, connurent le succès principalement grâce à la traduction russe de leurs écrits. A présent, cette littérature est en crise, tant pour des raisons économiques, que par un déficit de lecteurs. Comme le fait remarquer le chercheur en langues toungouso-mandchoues, A. A. Bourykin, les textes, principalement artistiques, se transforment en «une sorte d'objets ethnographiques, devenant ainsi une forme d'art-appliqué décoratif: mais ce genre d'objets on les acquiert, on les conserve, mais on ne les utilise pas dans le but pour lequel ils ont été créés.». Les livres des écrivains nationaux peuvent être placés bien en évidence à la bibliothèque, mais on ne les lit pas. De plus, étant donné que la forme écrite de beaucoup de langues minoritaires se limite à la littérature artistique et scientifique, certaines d'entre elles fonctionnent uniquement en dialectes sans écriture, leur littérature disparaissant après avoir perdu le soutien des autorités.

Les langues des minorités nationales de Russie se trouvent incontestablement dans des situations différentes. Certaines sont aujourd'hui tout à fait stables, et ce, pas seulement en tant que langues parlées, mais aussi parfois en tant que langues écrites, d'autres cependant se meurent. La science n'est, pour le moment, pas en mesure d'expliquer pourquoi certaines langues disparaissent tandis que d'autres perdurent. En tout cas, le nombre de locuteurs est loin d'être toujours un facteur décisif. Par exemple, dans la République du Daghestan, des langues très minoritaires, de par leurs nombre de locuteurs, ne sont parlées que dans un seul village et persistent pourtant pleinement (Bien que leurs locuteurs soient tous, sans exception, polyglottes.). Le Caucase du Nord, multilingue, se distingue par la stabilité de sa situation linguistique. Pour d'autres langues, ayant un grand nombre de locuteurs, et se retrouvant, de plus, parfois dans un contexte d'autonomie, la situation est bien pire.

Un aoul (village fortifié) du Daghestan.

Un aoul (village fortifié) du Daghestan.

Prenons comme exemple la langue khakasse. Au début des années 90, dans un mouvement de rétablissement national en République de Khakassie fut adoptée une Loi sur les langues, instaurant officiellement le bilinguisme. Sur le modèle de Moscou, on décida d'y constituer des groupes chargés de la traduction de la langue khakasse vers le russe. Cependant, entre l'adoption de la loi et 1994, seulement un seul point avait pu être concrétisé (et encore, pas partout): celui concernant l'utilisation d'enseignes bilingues sur les bâtiments des établissements d'État. Dans l'organigramme furent bien rajoutées les fonctions de traducteurs, mais les personnes engagées n'eurent pas de travail. Une tentative fut également entreprise, de l'ordre de l'expérimentation, d'introduire un enseignement scolaire en langue khakasse, néanmoins il se révéla totalement inefficace. En effet, les auteurs des manuels partaient du principe que les enfants en âge préscolaire maîtrisaient déjà au moins les bases de leur langue, mais il apparut que l'écrasante majorité des enfants khakasses ne connaissait que le russe, la langue khakasse ne pouvant alors leur être enseignée qu'en tant que langue étrangère. Une telle langue, presque privée de locuteurs monolingues et quasiment inconnue de la jeune génération, est soumise à une réelle menace de disparition.

Quelques paysages de la République de Khakassie. Vous noterez mes talents de montage photo.

Quelques paysages de la République de Khakassie. Vous noterez mes talents de montage photo.

Les représentants de l'intelligentsia locale dressent un tableau tout aussi morose en ce qui concerne la langue komi-permiake. Malgré leur autonomie, et ce, même durant la période d'euphorie sociale du début des années 90, on n'est pas parvenu à l'introduire dans une seule sphère officielle; d'ailleurs, encore en 1994, un linguiste local écrivait à ce propos que l’ethnie perdait «son noyau», ce qu'il reliait au fait que «les processus d'érosion ethnique avaient acquis chez les komi-permiaks un caractère irréversible.». A présent, alors que la question sur la fusion du district autonome de Komi-permiak et de l'oblast de Perm est résolue [Fusion effective depuis 2005, après un référendum en 2004.], plusieurs problèmes sont débattus, mais pas celui, pour lequel le district avait autrefois été créé: la sauvegarde de la langue et de la culture komi-permiakes.

Mais sans aucun doute, ceux se trouvant dans la pire situation sont ceux que l'on appelle les peuples du Nord (Le terme est mauvais, il est un peu démodé, mais pour le moment on ne lui a pas trouvé de remplaçant.). On peut supposer, que pour que la langue d'un peuple minoritaire ait une existence pérenne, il lui faut une distance optimale entre elle et la langue dominante. La menace peut être engendrée soit par une trop faible distance (Par exemple, la situation de la langue biélorusse avant la chute de l'URSS.) soit par une trop grande distance, comme c'est le cas chez les Indiens et Inuits aux États-Unis et au Canada ainsi que chez les peuples du Nord en Russie. Dans les autres régions de l'Empire russe, puis d'URSS, l'industrie du pétrole a peu à peu attiré à elle les population locales: les Azéris, les Tatars ou encore les Bachkirs. En ce qui concerne les Khantys, les Mansis, et les Nénètses, bien que le pétrole et le gaz soient extraits de manière importante dans les districts autonomes de Khantys-Mansis et de Iamalo-Nénétsie, ils ne sont pas devenus pétroliers ou gaziers pour autant. Le «choc culturel», vécu par la population autochtone lors de la venue de la population maintenant majoritaire de la région, pose un problème qui n'est toujours pas résolu que ce soit chez nous, ou dans d'autres pays plus développés. Aux États-Unis, on a connu au 20ème siècle la disparition des langues minoritaires, tandis qu'au Japon, le seul peuple de ce type, les Aïnous, ont totalement perdu leur langue en l'espace d'un siècle, durant la période 1870 – 1960-70.

On retrouve un large champs de données sur le fonctionnement des langues des peuples du Nord dans l'encyclopédie socio-linguistique «Les langues écrites du monde. Les langues de la Fédération de Russie.» (livre 2, 2003), rédigée par l'Institut de linguistique de Moscou dans le cadre d'un projet international mené par des scientifiques canadiens. Parmi les 31 langues de ce type étudiées, deux, les langues youge et orotche, sont considérées comme disparues (bien que l'affirmation ferme de la disparition définitive d'une langue soit toujours difficile). Beaucoup d'autres sont au bord de l'extinction.

Enfants nomades nénètses.

Enfants nomades nénètses.

Dans cet ouvrage, de nombreuses déclarations sont faites à propos de la situation linguistique en Russie. Voici, par exemple, ce qu'il est dit de la langue kete, ayant été préservée dans le kraï de Krasnodar: Au début des années 90 «Beaucoup d'instituteurs kets se montraient enthousiastes vis-à-vis de leur travail … Cependant, après avoir été confrontés à la dure réalité, leur enthousiasme commença peu à peu à décliner, tout comme l'enseignement de la langue kete dans les écoles … Le prestige du ket, qui avait quelque peu augmenté au début des années 90, chuta à nouveau irrésistiblement. Parmi les raisons de ce déclin, la situation misérable dans laquelle se trouve la majorité des familles ketes, est loin d'être la dernière.». Ou bien encore à propos de la langue selkoupe, dans le district autonome de Iamalo-Nénétsie, fut écrit: «L'enseignement scolaire en langue selkoupe se trouve être effroyablement inefficace. L'école est le seul endroit où les habitants peuvent apprendre à parler dans la langue de leurs ancêtres. En réalité, souvent, le maximum qu'ils peuvent assimiler après quelques années de cours, ce ne sont que des listes très limitées de mots selkoupes, principalement des noms communs.».

L'expansion de l'enseignement scolaire est la plus considérable des mesures que l'on a réussi à concrétiser ces 15 dernières années pour la préservation des langues des peuples minoritaires. Mais pour beaucoup d'entre elles, cette mesure n'est clairement pas suffisante. Pour les quelques langues encore vivantes, le problème semble se résoudre autrement. Voici ce qui est écrit à propos de cette fameuse langue selkoupe: «Tout les espoirs reposent sur ... les rennes que possèdent encore les locuteurs, autrement dit, on observe une remarquable corrélation entre la présence de rennes dans une famille et l'utilisation, chez cette famille, de la langue ethnique.». Ou à propos de la langue youkaguire (nord-est de la Yakoutie): «Les enfants connaissant bien les langues sont ceux, qui ont des proches menant une vie traditionnelle dans la taïga ou la toundra, et qui les ont donc assimilées naturellement.» Un mode de vie traditionnel peut donc sauver une langue et ses locuteurs. Mais que faire avec la langue mansie, si, comme il est indiqué dans ce livre, «presque tous les villages mansis ont à présent une population pluri-nationale, et de plus la population s'y étant installée surpasse en nombre la population autochtone.»?

Des éleveurs de rennes en Iamalo-Nénètsie.

Des éleveurs de rennes en Iamalo-Nénètsie.

D'ailleurs, il n'y a pas de forte corrélation entre le degré de préservation de la langue et le niveau de développement économique de telle ou telle région. La langue mansie n'est pour le moment pas considérée comme candidate à une extinction rapide, alors que la langue orotche, présente dans une région moins développée est reconnue comme morte.

Toujours est-il que, pour la sauvegarde des langues minoritaires de Russie, une politique cohérente et soutenue menée par l'État est nécessaire. Dans les années 20-30 il y avait malgré tout une politique de ce type, et ses effets ont continué à se manifester bien après. Il est important de prendre conscience qu'une telle politique doit être, dans le fond, «anti-marché», c'est-à-dire qu'elle doit agir au mépris des lois du marché qui ont entraîné la supplantation des langues minoritaires par le russe. Nous ne souhaitons, bien entendu, pas dire par là que dans les pays où l'économie de marché est reine, il est impossible de protéger les langues minoritaires. Beaucoup de choses sont faites, par exemple, pour la préservation de la langue same, en Europe du nord, ainsi que des langues aborigènes en Australie. Mais il s'agit d'initiatives sociales, agissant souvent contre les lois du marché; et il est à noter que la majorité d'entre elles ont été menées, ou tout du moins entreprises, par des gouvernements socio-démocrates.

Par conséquent, en Russie contemporaine, dans la plupart des cas, il ne faut pas s'inquiéter tant pour le russe, dont les positions sont suffisamment solides (Il n'est pas exclu qu'à terme il commence même à remplacer l'anglais dans certaines sphères.), que pour les autres langues.

Par ailleurs, il y a des régions, au sein desquelles la position du russe s'est affaiblie par rapport à l'époque soviétique. Il s'agit du Touva, de la Yakoutie, et dans une certaine mesure, du Tatarstan. Le cas de la Tchétchénie est particulier et nous ne le traiterons pas ici, pas seulement à cause d'un manque de données suffisamment fiables, mais également afin de ne causer de tort à personne.

Paysage du Touva.

Paysage du Touva.

Le Touva et la Yakoutie sont des régions isolées (surtout le Touva, qui n'est relié au reste de la Russie que par une seule route.). Le pourcentage de population russe en Touva est, de manière générale, faible, et en Yakoutie, les russes vivent de façon assez compacte dans quelques villes et villages et sont quasiment absents du reste de la république. De plus, le Touva n'intégra l'URSS qu'en 1944, et durant la période soviétique la connaissance du russe n'est pas parvenue à s'y généraliser. La politique des autorités yakoutes est visiblement en grande partie déterminée par l'ambition de soutenir les contacts avec les États-Unis, via le détroit de Béring, négligeant ainsi Moscou. Il est également primordial de remarquer l'importance de la langue yakoute, qui joue depuis fort longtemps le rôle de langue de communication inter-nationale pour la population de Yakoutie; c'est l'une des rares régions de Russie où le russe n'a pas monopolisé cette fonction. En Touva comme en Yakoutie, l'enseignement en langues nationales a toujours été, et ce même durant l'époque soviétique, relativement bien développé et n'a jamais été interrompu.

C'est précisément dans ces républiques qu'au début des années 90 furent adoptées des Lois sur les langues, dans lesquelles le touvain et le yakoute étaient respectivement proclamées comme unique langue officielle. Le russe, il est vrai, est considéré comme langue de communication inter-nationale. Dans les autres républiques de Russie où des lois similaires existent, en qualité de langues officielles sont reconnues deux langues, voire plus, y compris le russe. La législation du Touva et de la Yakoutie a donc plus de points communs avec celle de certains pays de la CEI, le Kazakhstan notamment, qu'avec celle existant dans les autres républiques de la Fédération de Russie. Dans ces pays, et dans les deux républiques citées, petit à petit, le nombre d'heures consacrées à l'enseignement de la langue russe diminue (et cela s'applique également aux écoliers d'origine russe y vivant) tandis que l'éducation en langue ethnique s'étend. Ainsi, en Yakoutie, en 1993, le programme de langue russe pour les élèves de la 6ème à la 4ème a vu son nombre d'heures être divisé par deux. En ce temps là, on conjecturait que, d'ici à 2001, dans les écoles touvaines toutes les matières excepté le russe seraient enseignées en touvain. Je n'ai pas de donnée confirmant ou non la réalisation de ces prédictions, mais ceux, s'étant rendus ces dernières années au Touva, racontent que les enfants touvains ne parlent pas russe. Il y a quelques années, en Yakoutie, le président de l'époque, M. N. Nikolaev, avait annoncé l'introduction de l'anglais dans les écoles yakoutes en tant que matière obligatoire. L'objectif était d'apprendre cette langue à chaque habitant de Yakoutie au détriment, évidemment, de la langue russe. Il est peu probable qu'un tel plan soit réalisable, ne serait-ce que par manque évident de professeurs.

Un écolier en Yakoutie.

Un écolier en Yakoutie.

Au Tatarstan, la situation linguistique est caractérisée par d'autres facteurs. Cette république n'est géographiquement pas isolée du reste de la Russie et sur son territoire vivent des personnes de nationalités différentes, de plus, les Tatars ne vivent pas de manière compacte, la plupart d'entre eux (contrairement aux Yakoutes, et plus principalement aux Touvains) vivent d'ailleurs en dehors de leur république. Mais la langue tatare est, en Russie, la deuxième en nombre de locuteurs, après le russe. Depuis l'appel d'Eltsine (justement à Kazan [capitale du Tatarstan]) aux Tatars à prendre «autant de souveraineté qu'ils le peuvent», a commencé là-bas un mouvement très actif pour l'expansion de la langue tatare dans tous les domaines de la vie.

Nous examinerons seulement un phénomène, le plus connu, celui du passage à l'alphabet latin. De la fin des années 30 à aujourd'hui, toutes les langues de l'actuelle Fédération de Russie ont utilisé l'alphabet cyrillique. Dans les autres républiques de l'ex-URSS a lieu un processus de passage vers l'alphabet latin: C'est déjà le cas en Azerbaïdjan, au Turkménistan, en Moldavie (sauf en Transnistrie) et c'est en cours en Ouzbékistan. Ceci étant, pour les peuples turcs, la Turquie, où la latinisation eut lieu dans les années 20, sert indubitablement de modèle. Le passage du tatar [qui est également une langue turque] à l'alphabet latin le placerait au même niveau que ces langues et l'éloignerait des autres langues de Russie. C'est pour cela qu'une telle transition joue un rôle important pour l'intelligentsia nationaliste, alors que Moscou voit ces appels au changement comme une démonstration de séparatisme.

La rue Bauman, rue piétonne principale de Kazan, la capitale du Tatarstan.

La rue Bauman, rue piétonne principale de Kazan, la capitale du Tatarstan.

Comme preuve de la nécessité de latinisation de la langue tatare, ses partisans aiment avancer des arguments linguistiques: certains sons tatars seraient impossibles à retranscrire avec l'alphabet cyrillique. Or, encore dans les années 20, notre plus grand linguiste, E. D. Polivanov, écrivait que, de par ses qualités, l'alphabet latin n'est ni meilleur, ni moins bon que le cyrillique, les seules différences entre les deux sont les associations politiques et culturelles qu'ils peuvent susciter. Et il est évident que c'est là que tout se joue. Les défenseurs de la latinisation au Tatarstan sont très actifs et n'acceptent aucun compromis, tandis que le président tatar, M. Chaïmiev, se montre prudent, ne refusant pas, mais ne préconisant pas non plus, un mouvement pour la latinisation. L'alphabet latin a déjà commencé à être utilisé pour l'enseignement du tatar dans les premières classes des écoles ou encore sur les plaques signalétiques indiquant le nom des principales rues de Kazan. L'issue de ce combat n'est pour l'instant pas certaine, mais si la latinisation s'effectue, cela détériorera les relations entre les tatars et le reste de la population de la république, ainsi qu'entre Kazan et Moscou

Par conséquent, la situation linguistique en Russie, tout en conservant de nombreuses caractéristiques de la récente période historique (l'indubitable souveraineté et le haut prestige de la langue russe, sans laquelle il n'est pas possible de s'en sortir dans certaines sphères; l'importante communication entre les personnes de nationalités différentes, qui requiert généralement la maîtrise du russe; les traditions littéraires développées de nombres de langues minoritaires; etc), est en train de changer suite à l'expansion de l'économie de marché. Ces nouvelles relations renforcent, dans la plupart des cas, le rôle de la langue russe, qui supplante de plus en plus les langues minoritaires dans la vie quotidienne. Résister à ce remplacement n'est possible qu'au travers d'une politique linguistique soutenue, qui, chez nous, se trouve être terriblement faiblement développée.

 

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Survol de la ville de Yakoutsk, capitale de la Yakoutie.

C'est tout pour cet article! Je rajoute ici la traduction du témoignage d'une amie russe, que j'ai connue à Nijni Novgorod, et qui m'a fait part de son expérience en commentaire. Merci encore Lena!

 

"Mon avis sur la question.

Étant née en Tchouvachie, connaissant la langue tchouvache, et en rendant régulièrement visite à des proches en Mari El, je peux faire le constat suivant à propos de ces deux républiques:

La situation y est la même, car ce sont des républiques voisines et dans l'ensemble elles ont toutes deux une économie de type rural. Les langues se sont préservées au niveau officiel et dans la vie quotidienne.

MAIS! De moins en moins de personnes les parlent, surtout dans les grandes villes. Dans les années 80-90, quand mes parents avaient entre 10 et 20 ans (ils sont nés tous les deux en 1970), en Mari El et en Tchouvachie, la majorité de la population, surtout celle de souche, parlait partout en tchouvache ou en mari, et ce, tout en connaissant et en comprenant le russe. Mais après, suite à la chute de l'URSS et à la transition vers le capitalisme et la mondialisation, les gens sont passés au russe. Les russes ont commencé à se déplacer, les peuples de souche sont partis en masse travailler et étudier dans les grandes villes russes. Tout s'est mélangé.

Et les jeunes, même s'ils connaissent leur langue nationale, parlent en russe. Ils ne parlent tchouvache ou mari qu'avec leurs grands-parents et leurs parents, mais, là aussi, le plus souvent ils communiquent en russe. Mon papa est mari-tchouvache et est né en Mari El. Là-bas, avec ses proches il parle soit en mari, soit en tchouvache. Moi, je peux placer quelques phrases en tchouvache dans une conversation avec des proches de là-bas, mais le plus souvent tout se fait en russe.

Cependant, dans les écoles, on étudie obligatoirement ces langues de la 1ère à la 9ème classe (de 7 à 15 ans), en 10ème et 11ème (16 et 17 ans), les cours de littérature tchouvache sont en russe. En première année à l'université, tous les étudiants, indépendamment de leur lieu de naissance et de ce qu'ils ont appris à l'école, apprennent les bases des langues nationales, et sont initiés à la littérature, à la culture et aux traditions de ces régions. Et c'est une bonne chose, cela permet d'éviter le nationalisme, le chauvinisme, et de cultiver la tolérance et la compréhension de la culture de l'endroit où tu vis."

Yochkar-Ola, capitale du Mari El.

Yochkar-Ola, capitale du Mari El.

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C'est donc tout pour aujourd'hui!

J'espère que ceux qui auront eu le courage d'arriver jusqu'ici, et je les en remercie, auront apprécié la lecture.

 

Je vous dis à bientôt pour une nouvelle traduction!

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