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Tradivostok

Bienvenue chez les Nénètses.

Introduction

Bonjour à tous!

Pour cette nouvelle traduction, je vous emmène à la découverte d'un peuple très singulier: les Nénètses.

Nomades vivant en Sibérie, ils sont les plus importants éleveurs de rennes au monde et ont conservé jusqu'à nos jours un mode de vie ancestral. Pour eux, le chamanisme et l'animisme ont gardé tout leur sens.

La zone entourée de rouge correspond au territoire sur lequel vivent les Nénètses. Et la Iamalo-Nénétsie est souvent citée dans le texte, donc il me semblait bon de l'indiquer sur la carte.

La zone entourée de rouge correspond au territoire sur lequel vivent les Nénètses. Et la Iamalo-Nénétsie est souvent citée dans le texte, donc il me semblait bon de l'indiquer sur la carte.

Cet article est assez court (Tout du moins plus que les deux précédents!) et ne fait que survoler le sujet, mais ce qui m'a donné envie de le traduire ce sont les photos d'Alexandre Romanov qui, j'en suis persuadé, vous feront voyager!

Je vous laisse donc apprécier la suite!

Pour ceux qui souhaitent lire le texte original, vous le trouverez ici.

 

PS: Les éléments marqués entre [ ] sont mes notes personnelles, ne se trouvant pas dans la version russe du texte.

 
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Bienvenue chez les Nénètses.

«Ils ont trois enfers, trois paradis, et eux, les Nénètses, vivent dans un septième monde, celui du milieu.»

Le photographe Alexandre Romanov nous parle de ce peuple aussi étonnant que singulier.

 

Ils boivent du sang de rennes, préservent la mémoire de leurs ancêtres sous forme de poupées sans tête, leurs enfants dorment à même la neige. Cela semble être bien loin de nous, des extraterrestres peut-être? Mais les Nénètses, eux, estiment être une partie intégrante de la Russie, et en sont très fiers.

Alexandre Romanov.

Alexandre Romanov.

Je travaille dans la toundra en tant que géologue depuis maintenant 20 ans. J'ai reçu de nombreux prix de photographie, mais me considère toujours comme un amateur puisque je n'en vis pas. Ça a été une véritable chance pour moi que des Nénètses installent leur campement à proximité des gisements où je travaille, de cette façon je peux voyager et photographier leur quotidien. J'y amène des cadeaux, des choses pour les enfants. Par exemple, sur cette photo [la première], j'avais apporté des friandises et les leur avais offertes, ils étaient on ne peut plus heureux. J'ai eu la chance de pouvoir immortaliser cet instant où ils les grignotent. J'ai fait cette photo durant l'automne 2012, dans la Péninsule de Tazov. Je connais très bien ces gamins, ainsi que leurs parents. On peut dire que j'ai vu ces enfants grandir de mes propres yeux.

De manière générale, j'habite à Tioumen. Mais je m'envole parfois pour un mois à Yamburg, un village au delà du cercle polaire dans le raïon de Nadym, subdivision du district autonome de Iamalo-Nénétsie. Cette fois là, lors de ma venue, il y avait, dans le campement, trois familles, ce sont leurs enfants sur la photo. Les enfants nénètses vivent avec leurs parents jusqu'à la première classe [6/7 ans]. Lorsqu'ils en ont l'âge, on les emmène en hélicoptère à l'internat du village d'Antipayouta. Là-bas, ils étudient jusqu'à la 11ème classe [17/18 ans], et après, ça dépend de chacun. Certains partent à Saint-Pétersbourg faire des études à l'Institut des peuples du Nord, d'autres reviennent au village. Honnêtement, peu sont ceux qui reviennent dans la toundra. Mais il y en a, qui ne peuvent pas vivre sans elle, sans liberté, sans rennes.

Bienvenue chez les Nénètses.

Actuellement chez les Nénètses la tendance est bonne, il y a beaucoup d'enfants. Récemment, alors que je les photographiais, on comptait quatre enfants chez cette famille; et maintenant je regarde, ils sont déjà sept. Un enfant par an. Vous imaginez les conditions dans lesquelles grandissent ces enfants? Les nôtres ne survivraient clairement pas. Le gel, moins 40-50 degrés. Les enfants dorment à même la neige. La tente ne se réchauffe que lorsqu'il faut faire bouillir de l'eau pour le thé ou faire à manger. Ici, le bois est en effet très précieux, de par sa rareté: parfois les géologues en amènent ou bien on coupe quelques arbrisseaux, et c'est la seule source de chaleur. On se réchauffe aussi en portant des peaux de bêtes.

Ils mènent une vie de nomades, marchent en suivant le soleil dans le sens des aiguilles d'une montre. Il suivent les rennes, restent une semaine à un point, puis défont leur tente, et migrent vers d'autres lieux. Les rennes ont mangé tout le lichen sur ce campement? Alors on va plus loin. Les Nénètses n'égorgent pas les rennes. Ils les étouffent. C'est une partie du rituel de purification. Ensuite, ils boivent leur sang. Moi aussi j'en ai bu, ça va, ça passe. Simplement, ils n'ont nulle part où acheter des légumes et des fruits. Ils ne peuvent donc obtenir des vitamines qu'à partir du sang de rennes. S'ils cessent de le boire, leur système immunitaire s’affaiblira et ils contracteront de suite le scorbut.

Bienvenue chez les Nénètses.

Les experts affirment que les Nénètses existent depuis plus de 600 ans. Avant, sur le territoire du district de Iamalo-Nénétsie, on dénombrait environ 150 peuples. Mais au fil du temps ils se sont battus pour la terre, pour les pâturages des rennes. On peut dire que les Nénètses ont en quelques sortes englouti les autres populations. Regardez sur la carte, le district de Iamalo-Nénétsie est même plus étendu que celui des Khantys-Mansis.

Plus au nord, les Nénètses sont plus singuliers, leur monde est très complexe. Nous sommes habitués à une certaine représentation de l'enfer et du paradis. Chez eux, il y a 7 mondes. Trois se réfèrent au paradis, trois à l'enfer, et eux, vivent dans le septième, celui du milieu. Ils sont très à cheval sur les rituels. Les choses les plus précieuses dans leur vie ce sont leurs proches et la nature.

Moi, je connais mes ancêtres jusqu'à mes arrières grands-parents. Alors que les Nénètses connaissent les membres de leur famille jusqu'au sixième degré de parenté. Ces parents, ils les emmènent partout avec eux. Sérieusement, ils ont des petites poupées spéciales, sans tête. Elles symbolisent les membres de leur famille. Parfois une personne a un objet la symbolisant. Par exemple, ils m'ont parlé d'un parent, qui s'était rendu dans le Golfe de l'Ob, et qui, au milieu de la neige d'un blanc aveuglant, avait soudain aperçu un caillou noir. Nous, nous comprenons que c'est un fragment de météorite. Mais pour eux, c'est un signe. Il l'a alors apporté au chaman, qui lui a dit que quand il mourrait cette pierre serait placée à l'intérieur de la poupée le représentant. Et c'est ce qu'ils ont fait. Ils n'ont pas de photographies pour dire «Ça c'est mon arrière grand-mère, et ça c'est mon arrière grand-père.». A la place, ils ont des poupées. Ils se souviennent de qui il s'agit, connaissent le nom et l'histoire de ces personnes. Imaginez: une tente, six ou sept enfants, des adultes, des vieillards, mais aussi tous ces proches sous forme de poupées. Vous ne vous rendez pas compte à quel point c'est un monde dans un monde. Quand tu entres dans la tente, toute cette agitation commence, c'est vraiment très intéressant.

Bienvenue chez les Nénètses.

J'ai entendu dire qu'actuellement à Urengoï et Salekhard on crée des circuits de tourisme ethnique. Il est difficile de nous rejoindre, c'est une zone fermée, il faut obtenir une multitude d'autorisations et de laissez-passer. J'ai simplement eu de la chance de travailler ici. Dans cette région, il n'y a proprement dit personne d'autre que moi à faire des photos. Mais dans les environs de Salekhard [Capitale du District Autonome de Iamalo-Nénétsie.] on peut également voir des Nénètses. Ils sont là-bas et y vivent de manière tout aussi singulière. L'année dernière, je suis parti à bord d'un bateau en expédition à Nadym, ça m'a beaucoup plu. Pourquoi pensez-vous que les étrangers veulent aller là-bas? Parce que c'est une culture ancestrale. Et les gens se pressent ici parce que cette singularité disparaît petit à petit. Les téléphones portables, tablettes, scooters des neiges, quads, tout cela fait son apparition aussi chez les peuples du Nord. Ils gagnent leur vie grâce à la pêche et à l'élevage de rennes. Il y a des riches et des pauvres. Et aujourd'hui c'est très visible. Les riches familles nénètses possèdent un téléphone satellitaire, une antenne parabolique sur la tente, et tous regardent la télévision. Mais ce qui est intéressant, c'est de voir leurs bateaux, tous d'excellents modèles japonais, pour lesquels un seul moteur coûte 200 ou 300 milles roubles [2500-4500 euros], sans cadenas. Simplement, vivant au beau milieu de la toundra, ils semblent se faire mutuellement confiance.

Bienvenue chez les Nénètses.

Le mot «nénètse», en lui-même, signifie «véritable homme». Et vous savez, l'être humain, le Nénètse le connaît bien. A peine tu as passé le seuil de la tente qu'il sait déjà dans quel but tu es venu: lui faire une proposition commerciale ou simplement discuter et t'intéresser à sa vie. En général ils sont terriblement bavards. Et quand tu les questionnes sur leur vie, c'est de bon cœur qu'ils partagent leurs expériences. Ils adorent raconter leurs légendes. Ils aiment tellement parler, qu'ils sont capables d'aller chasser des rennes toute la journée et ce, uniquement pour avoir un prétexte pour partir en traîneau. Et pourquoi? Simplement pour aller discuter de tente en tente. Mais de nos jours ils sont de plus en plus équipés de téléphones portables.

Bienvenue chez les Nénètses.

Chez eux, les enfants jouent tout le temps. Les jouets sont majoritairement des jouets traditionnels nénètses. Ils en ont offert un à ma fille. Un bec de cygne, garni de petit bout de tissu de telle manière que le bec forme une sorte de tête, et le tissu – un habit. De la part de ma fille, je leur ai apporté des jouets habituels, ça leur plaît aussi énormément. Ils se réjouissent de peu, vous savez, ici on considère que la moindre petite chose est dotée d'une âme. De manière générale, ils accordent une grande valeur aux objets, et les transmettent de génération en génération. Ici, les enfants dorment encore dans des berceaux. J'ai vu certains qui ont plus de 200 ou 300 ans. Imaginez le nombre de générations y aillant grandi. Ils vivent remarquablement, n'ont rien de superflu.

J'ai 43 ans. Et je commence seulement à changer ma façon de voir certaines choses. Nous, nous vivons dans un besoin continuel, il nous faut tout: une maison de campagne, une voiture, un tas de trucs. Avec l'âge tu comprends que les choses dont nous avons besoin ne sont en fait pas si nombreuses: quand tu mourras, tu n'emporteras rien avec toi. Chez eux, cette conception des choses ne s'acquiert pas avec l'âge, elle est comme innée.

Bienvenue chez les Nénètses.

Les Nénètses aiment profondément la Russie. Ils se considèrent et se sentent comme une part d'elle. Quand je viens chez eux, je leur apporte des nouvelles à propos de l'Ukraine. Cela les inquiète beaucoup. Ils n'arrivent pas à comprendre ce qu'il se passe entre nos deux pays. Leurs aïeuls ont en effet combattu sur le front durant la Seconde Guerre Mondiale, et à l'époque tous étaient ensemble; c'est pourquoi ils n'y croient pas et ne comprennent pas que cela puisse être possible.

Bienvenue chez les Nénètses.

La photo avec les enfants [Celle tout au début.] a été intitulée «Conversation joyeuse». Elle m'a apporté une tonne de prix. Même National Geographic me l'a achetée pour l'un de ses livres, afin de l'utiliser comme matériel didactique. Tout cela fait très plaisir, mais une autre chose m'a paru encore plus remarquable. Un homme m'a écrit: «Après une opération, cette photo m'a de suite aidé à me rétablir, elle a une telle énergie positive. C'est vrai, regardez aujourd'hui quelles photos gagnent tous les concours mondiaux de photographie? Celles représentant des tragédies, des guerres, des conflits. Il n'y a aucune joie. Alors que cette photo est le reflet d'un bonheur pur.»

 

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Et voilà! J'espère que la lecture de ces quelques lignes vous aura comme transportés en des lieux enneigés et vous aura peut-être fait réflechir quant au sens véritable de la vie.

A la prochaine!

 

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phil pensec 24/10/2016 07:32

Salut,très intéressant .